Acheter en plusieurs fois, sans y penser
Le problème que tout le monde connaît
Vous voulez acheter. Le prix monte, vous vous dites que c'est trop tard. Le prix baisse, vous vous dites que ça va continuer. Six mois plus tard vous n'avez toujours rien fait, ou vous avez tout mis d'un coup le jour où vous en avez eu assez d'attendre.
C'est le problème du bon moment. Il a une solution vieille comme la bourse : n'en cherchez pas un, prenez-en plusieurs.
Ce que ça change, mécaniquement
Vous n'achetez pas une fois, vous achetez cinq fois, ou neuf. Certains achats seront bons, d'autres moins. Ce qui compte, c'est la moyenne.
Cette moyenne a un nom : votre prix de revient. C'est lui qui décide si vous êtes en gain ou en perte, pas le prix de votre premier achat.
Exemple
Vous investissez la même somme dans les deux cas.
En une fois à 60 000, votre prix de revient est 60 000.
En cinq fois à 60 000, 55 000, 50 000, 52 000 et 58 000, il est à 55 000.
Ce n'est pas une stratégie de génie. C'est de l'arithmétique.
« Mais je vais payer plus de frais »
C'est l'objection la plus fréquente, et elle est fausse.
Les frais d'un exchange sont un pourcentage du montant, pas un forfait par transaction.
Mille francs en une fois à un dixième de pourcent : un franc de frais.
Dix achats de cent francs au même taux : dix fois dix centimes. Un franc.
Le nombre d'achats ne change rien. Ce qui compte, c'est le montant total, et il est identique.
Mieux, parfois : sur la plupart des exchanges, un ordre posé à l'avance coûte moins cher qu'un ordre au marché. Une grille, c'est exclusivement des ordres posés à l'avance.
Une seule limite : les exchanges imposent un montant minimum par ordre. Si vous découpez trop finement avec un petit capital, certains paliers ne passeront pas. Le logiciel vous prévient avant que vous ne validiez.
Par le temps, ou par le prix
Le DCA temporel
Vous achetez une somme fixe à intervalle fixe. C'est simple, c'est régulier, ça se tient dans la durée. Mais le calendrier ne sait pas lire le marché. Le jour où vous achetez au plus haut, il achète autant que n'importe quel autre jour.
Le DCA par palier de prix
Vous posez des niveaux sous le prix actuel. Le programme n'achète que si le marché descend jusqu'à eux. Plus il descend, plus les paliers sont gros.
Le compromis, dit franchement : si le prix ne descend jamais, une grille n'achète rien. Le DCA temporel, lui, achète toujours. En marché qui monte tout droit, le calendrier vous fait entrer et la grille vous laisse sur le quai.
Ce n'est pas un détail. C'est le choix à faire, et il vous appartient.
L'erreur classique
Vous configurez votre grille pendant un petit repli. Vous prévoyez une baisse de cinq à dix pour cent. Puis le marché descend de trente.
Tous vos paliers sont remplis, votre budget est épuisé, et le prix continue sans que vous puissiez rien faire. Ce n'est plus la stratégie que vous aviez lancée : c'est une position bien plus grosse, prise bien plus haut.
La parade : prévoyez toujours plus bas que ce que vous croyez possible. Une grille qui ne descend pas assez n'est pas prudente, elle est démunie.
Et si je n'ai que 200 francs par mois ?
C'est justement là que ça devient intéressant.
Nous sommes en achat comptant, sans emprunt. Un ordre qui n'a pas d'argent en face ne se déclenche pas, il attend.
Alors vous configurez aujourd'hui une grille pour 2 400 francs, comme si vous les aviez. Vous n'en avez que 200 : les premiers paliers sont couverts, les autres attendent.
Chaque mois vous ajoutez vos 200 francs. À mesure que l'argent arrive, les paliers deviennent finançables.
La différence avec « 200 francs le 30 du mois » : votre argent ne part que si le prix descend jusqu'à un palier. Si le marché monte, il reste en réserve. S'il chute, plusieurs paliers peuvent se remplir d'un coup.
Vous avez transformé un versement mensuel en réserve de munitions.
L'autre moitié : vendre
Tout le monde a un plan d'achat. Presque personne n'a un plan de vente.
C'est la même mécanique, retournée. Vous posez vos paliers de sortie à froid, aujourd'hui. Ensuite ils s'exécutent sans vous.
Vous ne vendrez pas au sommet. Personne ne vend au sommet. Mais vous vendrez, et vendre moins bien vaut infiniment mieux que ne pas vendre du tout.
Il existe des dizaines d'outils pour automatiser l'achat. Pour la vente, il n'y a presque rien. C'est pourtant exactement le même problème.
Ce que le DCA ne fait pas
Il ne protège pas d'un mauvais choix.
Étaler ses achats sur un projet qui meurt, c'est perdre progressivement au lieu de perdre d'un coup. Le DCA agit sur le quand, jamais sur le quoi.
Il ne crée pas de gain.
Un prix de revient plus bas améliore vos chances. Si le prix reste en dessous, vous êtes en perte, quelle que soit la qualité de votre grille.
Il immobilise du capital.
De l'argent posé en attente ne fait rien d'autre. Parfois longtemps.
Il demande de la patience.
Une grille peut mettre des mois à se remplir et des années à se dénouer. Ce n'est pas un outil pour qui veut voir quelque chose bouger cette semaine.
Ce qu'il fait bien, en revanche : il vous retire la décision au moment où vous êtes le moins capable de la prendre.